« Nous n’avons besoin que de meilleurs équipements solaires »

Avatar Moussa Ngom | 13 mars 2018

Il est à peine 8heures lorsque les rayons de soleil commencent à darder les toitures des cases de Touba Aly Mbenda Lô.  En ce début de journée, la température est proche d’arriver aux 40° moyens en cette période où le climat est relativement « clément » selon les dires des habitants. Le jeune instituteur A. Kh. Sène déroule le câble enroulé autour de son panneau solaire. Dans l’autre main, la petite batterie censée stocker l’énergie qu’il relie grâce au tableau photovoltaïque grâce aux petites pinces électriques. Trouver la bonne position pour une exposition optimale est un réflexe naturel acquis au fil des jours.  

Charge au soleil

Son dispositif est des plus rustiques, impossible faute d’onduleur de déterminer le niveau de charge mais 4 à 5h suffisent selon lui pour assurer ses besoins la nuit tombée. Sa lampe de chambre, chargeur occasionnel pour son smartphone, lui est indispensable pour la fastidieuse préparation quotidienne de fiches pédagogiques. Il n’a fallu qu’une semaine au citadin pour le convaincre de s’acheter pour 17.000 FCFA ce léger matériel indispensable dans ce village enclavé non connecté au réseau électrique national. Pourtant, une série de pylônes électriques s’étend en marge du village à perte de vue mais elle dévie la localité pour relier le village suivant, distant d’une vingtaine de kilomètres plus loin, au réseau du département.

Le poteau censé connecter le Village au réseau électrique national

Un poteau haut d’une dizaine de mètres trône d’ailleurs au centre du village comme pour faire miroiter à ses habitants la venue prochaine de l’électricité. Mais ces derniers ne sont pas pour autant impatients de sa venue. « Nous n’avons besoin que de meilleurs équipements solaires » assure le Chef du Village où de part et d’autre les tableaux solaires trônant au-dessus des cases en pailles parviennent à prendre en charge quelques légers appareils à consommation réduite. « Tout sauf les ventilateurs et réfrigérateurs » a-t ’on l’habitude de dire ici non par impossibilité mais à cause du prix élevé des accessoires solaires pouvant les prendre en charge. Contrairement au Forage hydraulique acquis et géré par la collectivité après moults tractations, l’arrivée du courant n’est pas une grande priorité. Les contraintes liées à son utilisation et surtout son coût ont découragé plus d’un villageois préférant rester autonome. « Nous sommes des paysans, ce n’est qu’en période de traite qu’on a les moyens. Si on nous installe des compteurs aussi beaucoup de gens ne pourront pas s’acquitter des factures surtout en période d’hivernage pour quelqu’un comme moi » selon Mor Lô.


La prise déjà installée en attendant l’électricité accessible

Le gérant du moulin à mil du village ne dit pas le contraire. Occupé à récurer au soleil son matériel fonctionnant au gasoil O. Camara n’attend que l’arrivée de l’électricité mais à bas prix. La prise électrique est d’ailleurs déjà aménagée dans son petit réduit : « Je préfère de loin le solaire, ça permet de diminuer les coûts d’exploitation puisque ça nous appartient une bonne fois pour toutes » Une entreprise s’activant dans le solaire propose déjà ses services à la population locale mais elle n’agrée pas la majorité des 1500 habitants ayant souhaité bénéficier de ces installations plus sophistiquées moyennant une mensualité de 3.500 Francs CFA s’étalant sur 3 ans.  Un écot à payer pour ne pas subir le sort des malheureux coupés d’électricité au bout d’un moment faute de paiement. 

À priori, les 126.000francs de remboursement semblent soutenables mais les habitants du village sont pour la plupart pauvres. Beaucoup profitent des bénéfices de la récolte pour s’acheter le matériel nécessaire pour le restant de l’année, certains n’en ont toujours pas les moyens et à la fin de la période grasse les finances deviennent rares. « Mieux vaut faire des économies et s’acheter son propre matériel que de souscrire à pareille offre » selon A. Samb, lui-même technicien occasionnel pour l’entreprise basée en ville.


Abdou Ndao devant sa petite Télévision

« Au plus, ça ne permet d’allumer que quelques lampes durant la nuit et de pouvoir charger tout au plus trois téléphones le jour ». Il était pourtant improbable de penser pareil dans un passé récent. « Avant, pour pouvoir juste charger nos téléphones on devait parcourir 18 kilomètres jusqu’à Koungheul et l’arrivée du solaire a permis de prévenir les actes de banditisme puisque les malfaiteurs préfèrent toujours l’obscurité » d’après le chef du village. D’ailleurs « c’est avec le solaire qu’on a commencé à regarder la télévision » révèle Mor Lô.

Suivre la Télé est justement le passe-temps favori de Abdou Ndao en cette période.

La réduction des charges champêtres aidant, le « Oustaz » partage son temps entre les pratiques religieuses et les programmes de chaînes arabes grâce à son petit poste téléviseur surmonté d’un décodeur.

Malgré toute la modestie qui accompagne ses gestes jusqu’à lui faire baisser le regard devant ses hôtes, sa timidité cède devant la passion pour le solaire qu’il a connu par le hasard des choses.

« À l’époque mon grand-frère avait amené une télé qui fonctionnait grâce à un groupe électrogène. Le moteur faisait tellement de bruit que l’on n’entendait pas grand-chose. Lorsque je suis parti à Dakar chercher un panneau solaire j’ai su qu’il fallait 100 Volts pour faire fonctionner notre poste alors que la batterie n’en stockait que 12.

C’est ainsi qu’on m’a recommandé d’acheter un onduleur qui permettrait de multiplier la capacité de la batterie. Cela coûtait énormément d’argent parce que le matériel solaire était en cette période un luxe, rien que le panneau coûtait dans les environs de 200.000frs ».


Les panneaux qui assurent l’autonomie énergétique à Abdou Ndao

L’investissement n’a finalement pas été à perte. 

A l’instar de la jeune fille qui l’interrompt un moment pour récupérer son téléphone, un ballet incessant de voisins vient garnir depuis une dizaine d’années son débarras transformé en local de rechargement électrique moyennant 50 à 150 Francs CFA parfois rien. « Je gagne jusqu’à 5.000 Francs CFA chaque jour pour charger les appareils des gens, le coût des installations est amorti en à peine un mois surtout que les panneaux peuvent durer plusieurs années ».


Des dizaines de batteries à charger tous les jours

Le business est devenu florissant avec le temps mais le premier but du soixantenaire a toujours été son confort personnel par une autonomie énergétique : « Contrairement aux autres je peux allumer un ventilateur avec mes panneaux, celui que vous voyez là marche toute la nuit. La lampe avec laquelle il a été fabriqué me permet aussi de lire tout ce que je veux la nuit ». 

Le cultivateur n’en oublie pas pour autant ses riverains pour qui il a d’ailleurs installé nombre de panneaux solaires dans le passé et connait mieux que quiconque les soucis en matière d’électricité : « Il n’y a besoin que d’un tout petit soutien pour que tout le monde, chaque maison puisse avoir suffisamment d’électricité, il n’est pas si difficile de fabriquer des tableaux solaires et on ne peut pas manquer de courant car notre exposition au soleil est des meilleures ».

Ce « plaidoyer », il le répète à tous avec enthousiasme en faisant montre d’une grande compréhension des enjeux connus de ceux qui ont fait les bancs contrairement à lui. « Je n’ai pas fait l’école mais je pense que vous savez comme moi que l’électricité obtenue grâce aux énergies fossiles avec toute la pollution qu’elle engendre n’est même pas bonne pour l’environnement. De mon point de vue on peut dépasser les Blancs et les Arabes parce qu’on a plus de soleil ! ». Un rêve lumineux mais Abdou Ndao en nourrit malgré tout, les yeux scintillants d’optimisme, l’espoir de le voir se dessiner un jour.  Quelques images de l’utilisation du solaire au Village de Touba Aly Mbenda Lô:

Le Boutiquier et sa Télévision

Les batteries solaires chargées à bloc servent à recharger les différents accessoires électronique de l’Instituteur la nuit tombée

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