Situation de la brèche: les éclairages du Professeur Boubou Aldiouma SY (UGB)

Avatar Moussa Ngom | 9 juin 2020

Professeur Boubou Aldiouma Sy

Le Professeur Boubou Aldiouma SY Géographe/Géomorphologue, enseigne à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis.

Il est membre du Laboratoire Leïdi « Dynamiques des territoires et développement ».

Dans ce court entretien réalisé par e-mails, il nous apporte des précisions sur la situation de la brèche dont il suit l’évolution depuis plusieurs années.



Quelle est la situation de la brèche d’après les dernières données disponibles à votre niveau ?
La brèche semble se stabiliser au droit de Tassinère. Elle semble atteindre alors son amplitude maximale, soit plus de 7 000 m. Le courant de dérive Nord-Sud a peu d’effets sur le recul de la brèche sud pendant qu’au nord la reconstitution naturelle est sensible : Village de Doun Baba Dièye.

Des bancs sableux apparaissent même aux environs de Tassinère (au sud), ce qui est un indicateur de stabilité car les forces hydrodynamiques sont dissipées dans l’amplitude de l’ouverture (7 000 m).

Les pêcheurs nous ont fait état de la présence de bancs de sable et de la difficulté à avoir des repères quant aux points de passage les plus profonds au niveau de la brèche, qu’est-ce qui explique cette instabilité ?
La présence des bancs sableux (cf. réponse question 1) est plutôt un indicateur de stabilité qui s’explique par l’amplitude actuelle de la brèche.

La faiblesse des forces hydrodynamiques (houles, vagues, courant de dérive, mouvement de marée) autorise la décantation (dépôt) des particules de sables, formant progressivement des bancs qui perturbent le passage des pirogues.

Est-ce qu’une stabilisation d’un canal de navigation à travers la brèche est possible ?
Il est possible de gérer la situation actuelle par un survol régulier d’un drone par exemple, ce qui permettra de faire ressortir le profil topobathymétrique (topographie du fond de l’eau) longitudinale de la brèche, donc de baliser le ou les segments susceptibles d’être empruntés par les piroguiers.

L’ouverture de la brèche a-t-elle eu un impact sur l’érosion que connait actuellement la Langue de Barbarie ?
L’ouverture de la brèche a très certainement un impact faible à nul sur le recul du trait de côte (érosion côtière) au niveau de la Langue de Barbarie.

Il faut plutôt chercher les explications sur le changement climatique, donc le relèvement progressif du niveau général des mers de l’ordre de 100 cm tous les 100 ans, ce qui est particulièrement rapide et inquiétant.

C’est cette situation qui amplifie les ondes de marée et de tempêtes. Or, la côte d’alerte (point le plus haut au-delà duquel la ville est inondée) au niveau de Saint-Louis est de 175 cm. Cette altitude sera de plus en plus dépassée durant les houles exceptionnelles, qui génèrent une grande force destructrice sur la base des falaises sableuses de la Langue de Barbarie.


Comments

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  1. Avatar
    Ba Kader

    9 juin 2020 at 21:24

    Merci Professeur pour cette belle contribution sur l’évolution de la brèche ouverte depuis octobre 2004. Le problème des bancs de sable est lié à leur mobilité, ils sont pas fixes et sont à l’origine de la plupart des accidents des pêcheurs qui y butent. Il serait important de pouvoir les localiser et de déterminer les vitesses de déplacement, voire même les draguer par moment. Des solutions existent pour les éviter et le Professeur les détient.

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