Titre foncier 1751 NGA (ex TF 5007 DG): le plus grand diviseur commun de Ouakam

Avatar Ousmane Laye Diop | 17 avril 2021

Quand on vous explique l’histoire du Titre foncier 5007 et que vous y comprenez quelque chose, c’est qu’on vous a mal expliqué. A Ouakam, ce terrain miné est le plus grand dénominateur mais aussi le plus grand diviseur commun d’une communauté qui s’est découvert, sur le tard, les contrecoups d’un appétit vorace de la prédation foncière.  

TF 5007/DG !  Dites simplement 5007 à un Ouakamois, et il fera forcément référence à ce terrain indivis de 31 hectares qui nourrit les litiges depuis son immatriculation en…mai 1948 dans cette petite commune à l’Ouest de Dakar. Ce chiffre est tellement ancré dans le langage local que beaucoup oublient, ou ignorent même, que l’appellation 5007/DG est tombée en désuétude puisque dans le livre foncier de Ngor Almadies, il est devenu le TF 1751 NGA. 

Cette propriété indivise de la Collectivité lébou de Ouakam est, à elle seule, une illustration parfaite des problèmes fonciers au Sénégal : litiges entre factions opposées dirigées par des chefs coutumiers, emplacement idéal pour projet immobilier haut de gamme, chevauchement de prérogatives entre la municipalité et les services déconcentrés de l’Etat, appétits gloutons des différentes élites, réticences populaires…

Tantôt le célèbre architecte Pierre Goudiaby Atepa est soupçonné par une faction de manipuler le camp rival, tantôt c’est Mbackiyou Faye, qui est la cible des jeunes autochtones, récemment, un inconnu du nom de Issa Gassama a été cité, et tantôt les appétits internes entre résidents prennent des tournures indésirables. « Nous espérons tous une issue heureuse à cette situation regrettable ; mais que ces gens-là se le tiennent pour dit, nous n’accepterons jamais que l’héritage de nos ancêtres tant protégé soit une prime pour la médiocrité », avertit le coordonnateur du collectif des jeunes de Ouakam, Makhtar Guèye.  

Dualité : Collectivité lébou de Ouakam (CLO) vs Collectivité de Ouakam

Dans cette localité où les immeubles modernes toisent fièrement les ruelles étroites des quartiers traditionnels, la latence des oppositions n’est que de courte durée. Entre 2012 et 2018, pas moins d’une dizaine d’affrontements ont eu lieu ici dont un particulièrement violent en février 2015, poussant le préfet et la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol (Dscos) à suspendre toute opération sur ce qui reste de ce TF, le Super-Plateau, jusqu’à nouvel ordre. Après la saisine de la chambre administrative de la Cour suprême par la Collectivité, au motif de la violation de l’article 8 de la Constitution, la CLO obtint gain de cause. 

Il faut remonter au décès du chef coutumier local Jaraaf Seybatou Guèye dont la succession a exacerbé les affrontements entre factions rivales dans ce village de la collectivité lébou composé de sept quartiers : Taglou, Gouye Sor, Rip, Santhie, Boulga, Mérina, Mboul. 

En principe, il existe un seul Conseil des notables de la Collectivité lébou de Ouakam (CLO) incluant tous les dignitaires locaux que sont les Jaraaf Youssou Ndoye, Omar Guèye, Alioune Diagne Guèye, Momar Guèye Khoudia. Mais, de fait, une dualité existe entre la CLO et la « Collectivité de Ouakam », une association créée en 2011 et dirigée par le constitutionnaliste, Pr. Babacar Guèye, depuis la mort du Jaraaf Seybatou Guèye. Elle aussi se réclame héritière authentique dont la gestion foncière du TF lui incombe pleinement.  Une scission qui viendrait du fait que dans le document d’état de droit réel détenu par la collectivité, il est mentionné « Collectivité de Ouakam » en lieu et place de « Collectivité lébou de Ouakam » précise et dénonce Omar Guèye dit maire, conseiller spécial de la CLO, qui soupçonne certains dignitaires de vouloir profiter de ce glissement sémantique. 

Depuis, ce sont des accusations et des contre-accusations où chaque camp accuse l’autre de vouloir accaparer une partie des terres ou de vouloir s’emparer de ce qui reste de ce bien communautaire de près de 30 000 autochtones. Si on exclut les nombreux autres paramètres et personnages de ce litige inextricable, ces deux entités se disputent le 1751 NGA. 

Le Super Plateau, objet de toutes les convoitises 

Tout n’est pas perdu pour autant, d’après certaines estimations, très floues au demeurant, car il reste encore 1170 lots non immatriculés sur le Titre foncier. L’autre camp, la Collectivité de Ouakam, charge en novembre 2018, quand près de 27 hectares sur les 31 du TF 1751 NGA subissent des terrassements ‘‘à l’insu d’une partie de la population ouakamoise’’, dénonce le coordonnateur du collectif des jeunes, Makhtar Guèye. 

La Collectivité de Ouakam accuse la CLO, le Jaraaf Youssou Ndoye notamment, d’avoir donné une partie des terres en dation en paiement au profit d’un certain Issa Gassama, un entrepreneur, en contrepartie de travaux de terrassement. Courroucés, certains ayants droit se radicalisent et promettent de détruire toute construction qui y sera érigée. « Ils (Ndlr : la collectivité lébou de Ouakam) essayaient juste de distraire l’opinion face à une forfaiture, un vol des parcelles sur le Super Plateau qu’ils ont bradées à un promoteur immobilier du nom de Gassama en lui attribuant 8756 mètres carrés », déclare Makhtar Guèye. 

La Collectivité de Ouakam, le mouvement Taxxaw Temm Sunu 5007 notamment, s’oppose à tout morcellement sur le « Super Plateau » du TF car, d’après leurs estimations, il ne resterait que 15 % de la superficie totale où ils prévoient des investissements à hauteur de 100 milliards CFA. Ce projet devrait être porté par une fondation et il va assurer, outre mesure, la continuité de l’activité économique des carrières de basalte. 

D’après le membre de la CLO Omar Guèye « Maire », les Ouakamois qui réclament la restitution de leurs terrains sur ce TF n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes pour les avoir cédés aux « promoteurs des 966 immeubles R+4, R+3, R+2 ». « Nous nous sommes dit qu’il fallait protéger ces acheteurs et leurs investissements car dans leurs menaces, ils sont allés jusqu’à dire qu’ils allaient détruire toutes ces maisons. Ils ont même fait un état des lieux », se défend-il. 

La CLO, elle, tente, via son conseiller juridique, Me Youssoupha Camara, de faire acquérir aux actuels occupants du TF 1751/NGA, la pleine propriété du patrimoine. Ce qui a le don de crisper davantage des postures déjà raides, aux antipodes d’une solution concertée pour le bien commun d’une communauté qui se cherche une tranquillité depuis bientôt trois quarts de siècle.  


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